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Les fêtes profanes du mariage

- 3 -


On arrive au dessert. C'est le moment le plus agréable, où chacun se produira dans son répertoire. Mais cependant, tout le monde chuchote : "Qui va danser les gâteaux ? "... "Sera-t-il capable de les pointer ?" Dans le brouhaha général, alors que les plats de crème circulent, on n'a pas vu sortir Pierre Humeau dit Panate, haut sur jambes, carré dans sa chemise aux manches retroussées... Il rentre, salué d'une ovation formidable ! De ses deux bras levés au-dessus de sa tête, il porte dans une vaste tôle un gâteau énorme. Un gâteau que Gargantua lui-même ne renierait pas : long d'un mètres cinquante, presque aussi large, épais comme la soupière de famille ! Ainsi Panate, au pas de polka "danse les gâteaux" tout autour des tables. Il avance dans l'allée centrale..."Va-t-il les pointer ?"... Bravo!...d'une seule main, raide comme un piquet, face à la mariée, il maintient en l'air le gâteau monstre !

Et tandis que les serveurs et serveuses découpent judicieusement la part de chaque convive, partout on félicite Panate de son exploit incomparable.

Les chansons commencent. Avec intérêt ou par politesse, on les écoute toujours en silence, et sitôt après toute la noce clame en choeur :


"Quand un chanteur a bien chanté
"Ses voisines doivent l'embrasser."

Tous ces baisers autorisés sont fort appréciés, rien que pour cela on ne laissera pas son tour de chant ! Du reste, c'est une obligation pour les vieux comme pour les jeunes ! Il faut tout au moins prouver sa bonne volonté. Quant au marié et à la mariée, cela leur est interdit : "ça leur porterait malheur ! ".

Mais chanter donne soif ! Il faut boire !

"Encore un p'tit verre de vin
"La faridondaine !"

Chut !... Comme par enchantement, les parrains et marraines apportent les "globes". Bien sûr, les jeunes mariés s'attendaient à recevoir ce cadeau, mais ils n'en sont pas moins radieux et ils témoignent leur reconnaissance dans de chaleureuses accolades. Puis, toujours sous les applaudissements, parrains et marraines trinquent avec leurs filleuls avec du vin sucré, symbole de douceur, tout en mangeant un morceau supplémentaire du bon gâteau.

Les chansons reprennent encore pendant que l'on boit le café et la "goutte". L'entrain ne faiblit pas. Mais il faut bien libérer les tables pour laisser libre champ au service qui, déjà prépare le repas du soir.

Bras dessus, bras dessous, toute la noce, en chantant, part pour une promenade digestive...

FIN


Extrait de "COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU" 

de Félix Landreau


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