Le corsage et son évolution

Sous le Second empire


Je vous ai dit dans la page du "Costume féminin", que j'aborderais ce sujet plus en détail, c'est ce que je vais essayer de faire à travers cette période du Second Empire

Octobre 1852, dans le "Musée des Familles" on lit ceci :

La plupart des corsages de robes ne sont que des petits "caracos" très bien ajustés à la taille. Cela est coquet et charmant.
Les caracos auront la vogue jusqu'en juillet 1853. Ils ne se porteront plus à la ville mais restent de mode pour les tenues d'intérieur. Ceux en piqué , en velours ou en satin sont réservés au négligé. Ils ont toujours la faveur pour les robes de mousseline et de jaconas.
Les basques ne sont plus qu'une prolongation du corsage car presque toutes se trouvent comprises dans le patron-même qui le forme.
On voit encore un grand nombre de corsages ouverts , ceux montants seront préférables pour toilettes de ville. Les corsages ouverts se garnissent de noeuds, les corsages montants ont trois pinces de chaque côté.
Novembre 1852 : On ne met pas de corsage différent de la jupe, c'est inélégant,à moins que le corsage soit un caraco  garni de dentelle ou de plis.

Dans le "Magasin des demoiselles" du mois de Juin 1853, on annonce le retour des "canezous".
Ce qui annonce leur retour, c'est que l'on porte beaucoup de robes avec les dessous de couleur. A cette période on les portera blancs. Quant à leurs formes : ils sont montés à petits plis sur la ceinture, se ferment droit par devant, avec un entre-deux de chaque côté. L'ouverture en est garnie de petits noeuds de rubans dont la couleur varie avec la nuance de la jupe. Les manchettes sont ornées de la même façon.
Le  canezou  est un corsage de dessus en étoffe légère, avec manches ou sans manches. Son apparition remonte à la fin du XVIIIème siècle. Sous Louis-Philippe, le canezou a, souvent, les deux devants pris dans la ceinture.

Loui-Philippe 1865
Canezou sous Louis Philippe Canezou de 1865

Les canezous brodés, en mousseline, se portent en toilette, ceux en piqué blanc conviennent au négligé et surtout pour les jeunes personnes.

En novembre de la même année 1853, on dit ceci concernant les corsages :

On peut fort bien faire deux corsages :

Un, en forme de canezou, froncé, ouvert devant, entouré d'une garniture analogue aux volants de la jupe et à manches pagode.

Ce corsage sera plus négligé que le second : ce corsage se fera à manches courtes, plat, en pointe, et sur lequel on pourra poser une berthe brodée ou encore en harmonie avec les volants de la jupe. Les manches auront le même broderie. Elles seront doubles, celles du dessus formées d'un bout de garniture se jouera sur le bras au lieu d'être collante.
La façon des corsages à cette période  est la suivante :

Corsages montants pour les toilettes de ville et toujours ouverts décolletés pour les robes de cérémonie.

Les tailles et les basques restent longues.

Janvier 1854 : Les jeunes femmes mettent, dans les soirées, des robes de velours noir dont le corsage est drapé devant et derrière. On n'attache pas de manches à ce corsage, elles tiennent à la chemisette. Elles couvrent les bras, sont courtes, brodées et ornées de dentelles.

Pour les robes de soirée dansante, le corsage est en pointe
, drapé avec ou sans berthe. Le corsage peut aussi être froncé en gerbe au bas et sur les épaules avec le dos également froncé, les manches sont pagodes et garnies de dentelle.

corsages de 1853
Jolis corsages de 1853

Les caracos ajustés en soie noire ou en drap jouissent d'une vogue constante. Ils se mettent indifféremment sur toutes les jupes.

Les berthes pour les corsages sont plus que jamais à la mode

Pour mettre un canezou blanc, il faut ôter le corsage de la robe, il ne se porte pas autrement.

Deux nouveautés en ce début d'année 1854 : un corsage long dont la basque n'est pas rajouté et un corsag-corset qui descend fort bas et qui emboîte totalement la taille et qui dessine les hanches.

Octobre 1854 : Les caracos en velours sont de mode comme l'hiver dernier. Ils auront des basques et des manches de forme pagode.
Les caracos "coin de feu" seront garnis de fourrure ou de dentelle. Les caracos en laine sont réservés à la tenue de néglogé du matin.
La façon des corsages ne change pas, mais on commence à voir des boutons en métal sur quelques-uns.

Les corsages-bretelles ont une grande vogue Ce corsage se fait très long de basques puis on pose, devant et derrière, une espèce de petit châle comme aux robes d'enfants.

corsage-bretelles

Décembre 1854
: Les corsages des robes de bal se font en pointe devant et derrière, ordinairement sans basques. Lorsqu'il s'en trouve, c'est alors un haut volant posé à la ceinture qui le figure. Sur le haut du corsage, on pose une berthe, elle aussi en dentelle.
Quelque corsages sont ornés de draperies, en tulle ou en crêpe, on les pose devant et derrière et elles suivent le contour du corsage ou descendent en coeur.

Pour les robes de bals, les canezous blancs ou en tulle noir zébré de velours sont charmants et ont une vogue extrême. Le corsage du dessous  doit être décolleté et à manches courtes. pour laisser le tulle plus transparent.

Le corsage doit toujours avoir une garniture en harmonie avec celle de la jupe. Et les berthes se portent toujours sur les robes décolletées.

Printemps 1855
: Peu de changement en ce qui concerne les corsages sauf un retour aux corsages carrés avec plastron qui vont bien avec les robes à bretelles.Egalement les corsages en coutil qui se voient beaucoup et se portent en demi-toilette.

Tous les corsages montants ont des garnitures de boutons en métal, c'est,( dit-on ) d'un bon effet. Les corsages des robes de jaconas et de mousseline se font justes et à basques.

Les canezous blancs ainsi que les noirs sont toujours en vogue. Les caracos continuent à se porter en négligé d'intérieur.

Juillet 1855
: Une grande nouveauté : les corsages plats en dentelle blanche ou noire qui se mettent, comme un caraco, pardessus les robes et dispense du port du châle ou du mantelet.
Les corsages montants , avec boutons de pierre de fantaisie ou en métal s'adoptent pour robes habillées. Tous les corsages ont des bretelles soit en velours soit en étoffe pareille à la robe. On voit encore beaucoup de corsages blancs en piqué, mousseline et jaconas.
Et les corsages avec jupe différente jouissent d'une faveur constante.

Octobre 1855 : une nouveauté une robe nommée "François 1er" dont la jupe et le corsage ne sont pas séparés.

Décembre 1855 : Certaines couturières ont imaginé de faires des corsages ronds sur lesquels on pose des basques à volonté. Ces corsages sont appréciés pour les corsages décolletés du soir. Ils ont parfois quatre pointes  : une devant, une derrière et une sous chaque bras.

On ne renonce ni aux bretelles ni aux basques
. Rien de changé concernant les corsages des robes de bal qui sont très en pointe devant et derrière.

On parle, à cette période, du corsage de forme LouisXV qui est carré, ouvert devant et à traverses ainsi que  des corsages drapés à châle. La berthe "grecque" a des plis plats comme la draperie du corsage.

Printemps 1856
: Les canezous blancs demblent devoir rester de mode et les corsages restent plats boutonnés jusqu'au cou, à larges basques et manches garnies de volants. Les petits revers, figurants bretelles, se feront encore aux corsages des robes.

Les corsages se font drapés à châle avec traverses ou ornés d'une berthe
, soit en dentelle soit en étoffe semblable à la robe. La berthe gecque a des plis plats comme les draperies du corsage., elle est faite en crêpe ou en tulle, ronde derrière, en châle devant.

Un autre modèles de berthe était drapé, en coeur, devant et derrière. Elle était semée de papillons en ruban de satin rose.

Pour le soir
, comme les corsages sont décolletés, on les faits ronds (c'est-à-dire sans basques), ils ont parfois quatre pointes  : devant, derrière et une sous chaque bras.

Eté 1856
: Les corsages ronds sont faits dans des étoffes diaphanes, les autres sont en tissu épais mais la majorité des corsages ont encore la forme de basquine comme on peut le voir sur la gravure de mode ci-dessous. 

corsages de 1856

Ils sont toujours garnis commme les jupes. Pour les jeunes filles, les corsages sont souvent faits "à la Vierge", froncés devant et derrière. Avec ces corsages on met une ceinture en ruban à bouts flottants.

Les canezous blancs n'ont rien perdu de leur vogue.

Aux robes de mousseline blanche brodée, sans volants, les corsages ont des manches qui peuvent être courtes ou qui descendent jusqu'aux coudes, alors seulement, elles sont terminées par un volant de mousseline pareille
à la robe.

Le robes montantes ont l'échancrure garnie d'une ruche étroite en ruban de gaze ou en mousseline peinte, même en tulle moucheté, c'est suivant le tissu de la robe.

Automne 1856
: Les corsages  se font montants et boutonnés du haut en bas.

Certains corsages de robe sont garnis en échelle, devant et dans le dos, avec des galons ou des bandes de velours.

Les bretelles ou petits revers de châles, les berthes, en étoffe pareille à la robe, seront très en vogue sur les corsages. Les manches se font assez courtes , on conserve les basques et elles sont beaucoup plus descendantes que l'année dernière.

Année 1859 : Au mois de novembre de cette année, les corsages des robes se font à taille ronde, pour la plupart, à ceinture, longues ou courtes quelques-uns sont à pointes. Ils sont ornés de belles passementeries que l'on pose en tablier. Les manches, elles, prennent mille formes, il y en a pour tous les goûts, depuis la manche plate jusqu'à l'immense pagode.


Année 1860 : En février 1860, dans le Magasin des Demoiselles, on peut lire ceci concernant les corsages :

Ce qui est le plus désolant, c'est de voir les femmes qui, voulant changer à toute force nos modes, abordent hardiment les tailles courtes ; comprends-tu ! (ceci s'adresse à Berthe à qui ce petit courrier est adressé) ce qu'il y a, à mon sens, de plus disgrâcieux au monde. Je me hâte d'ajouter que la résurrection de ces tailles courtes n'est pas complète et qu'il y a peu d'audacieuses qui se permettent de les affronter.

Au printemps de cette année 1860
, les corsages des robes légères seront décolletés, à ceinture, avec fichu montant ou demi-montant, pareil à la robe, ou bien faits en tulle ou organdi. Quelques-uns décolletés carrément se porteront avec une guimpe.. On fera aussi des corsages ouverts, avec revers et collet rabattus. Les manches ne seront pas plates mais demi-fermées, avec parement dans le haut et le bas.

L'été de cette même année n'apporte rien de particulier, on se préoccupe des costumes de bain (ils seront abordés dans uneautre page)

En Septembre, deux modèles de corsages , l'un nommé forme Gabrielle  dont le corsage est sans taille uni à la robe par la nervure du corsage et les lés du devant, l'autre est un corsage grec, il est froncé du bas, orné de trois gros tuyaux retenus dans le haut, jockey gaufré.( Le "jockey"  est la partie formant un petit volant et qui surmonte, ici, les manches en tulle. Ils avaient pratiquement disparus à partir de 1852, mais on les retrouve quelquefois, comme ici.)

corsage grec corsage forme Gabrielle
Corsage grec  (à droite) Corsage Gabrielle (à gauche)


1861- 1866

Moins de documents, aussi nous allons passer à l'année 1864 et 1865 et l'on vous pourra constater quelques changements.

Avril, Mai 1864 : Les corsages plats, à pointe ou bien à ceinture, sont très souvent à basque très longue par derrière, les manches sont assez étroites.

corsage à basque

Les corsages avec grandes et petites basques se font voir en toute étoffe , basque carrée ou arrondie, plate ou plissée, tout est admis et même les corsages décolletés entièrement ou carrément ont des basques. Les manches sont toujours étroites de forme masculine.

Pour l'été de cette période, les corsages se font en deux parties : la partie supérieure, non doublée, est faite en petits plis plats, la partie inférieure est en forme de corselet doublé et fermé par des boutons.

Novembre 1865
: Les corsages montants se garnissent, sur le devant et aux épaules. Les manches se font plus étroites que jamais, elles sont garnies du haut en bas d'une rangée de boutons mais ne sont boutonnées qu'au poignet.

Les corsages à basques sont remplacés par des casaques ajustées, très courtes, avec ceintures rondes par dessus.

Les corsages en mousseline suisse, nansouk ou foulard sont garnis des guipure Cluny ou de bandes d'entre-deux. Ces corsages se portent avec une ceinture ronde qui est soit de la couleur du corsage ou en velours noir recouverte de guipure blanche.

Les corsages pour le soir se font en tulle, tout blancs ou tout noirs, ornés d'entre-deux de guipure Cluny.

Janvier 1866
: Les corsages des robes de bal se font avec draperie" à la grecque" retenue au milieu du devant et sur les épaules, on met à l'intérieur une guimpe décolletée en tulle plissé. Avec ces corsages les manches sont formées de bouillonnés en rapport avec celui de la jupe.

Pour les petites toilettes de soirées intimes, les jeunes femmes et les jeunes filles portent des corsages blancs avec corselets qui sont, eux, en moire ou en velours.

Les  corsages se font toujours à ceinture ronde
, même lorsqu'ils sont à basques.

Mars 1866
: on prépare, à cette période, de bien jolis corsages, à bouillonnés, à entre-deux en guipure Cluny, assez larges disposés à distance régulière er égale. Ces corsages sont pour les personnes minces. Ils se portent avec une ceinture noire à pointes en velours noir ou en taffetas.

Avril 1866 : Les jeunes filles trop minces ne supportant pas les robes de forme "princesse" on fait pour elles des jupes biaisées avec des corsages séparés. Ces corsages se font à plis comme des chemises russes et se mettent avec des ceintures rondes. On peut aussi faire un corsage décolleté avec guimpe blanche en dedans.


A suivre...


   Un petit clic sur certaines images pour les agrandir



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