Le printemps

Le printemps


Ivres, les cheveux flous dans l'élan de la brise,
Messagères de paix, les blondes vont gaîment
Suivre le chant d'espoir qu'une danse improvise
Pour hanter les vergers sous le bleu firmament.

Leurs trésors de beauté, de grâce et de faiblesse
Vont charmer l'horizon qui trame nos étés ;
Sans elles s'oublierait le vin de la tendresse...
Ne disparaissez pas, rêves interprétés !

Ni les discours abstraits, ni le savoir du livre
Ne porteront l'écho, ne traduiront jamais
Le monde insoupçonné que la danse me livre
Ensorcelé par toi, toi seule que j'aimais.

J'ai cheminé sans cesse en quêtes singulières,
J'ai navigué sans feu, si lointain, toujours seul ;
Les mondes habités de gouffres et d'ornières
N'ont parlé que de mort, de tombeau, de linceul...

Les chants printaniers m'ont offert une enfance,
Et les neuves beautés, leurs chastes mouvements
Sont la dentelle d'or, en dépit de l'absence,
D'un merveilleux manteau brodé de nos tourments.



Ce poème est extrait du recueil "LE JARDIN DE LAURE" de Laure Villers


Poème de Paul Verlaine


Tendre, la jeune femme rousse,
Que tant d'innocence émoustille,
Dit à la blonde jeune fille
Ces mots, tout bas, d'une voix douce :

"Sève qui monte et fleur qui pousse,
Ton enfance est une charmille;
Laisse errer mes doigts dans la mousse
Où le bouton de rose brille,

Laisse-moi, parmi l'herbe claire,
Boire les gouttes de rosée
Dont la fleur tendre est arrosée, -

"Afin que le plaisir, ma chère,
Illumine ton front candide
Comme l'aube l'azur timide."