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Le bouquets du 1er Mai

Aujourd'hui, ce 1er mai est mort. Une coutume assez récente venue du Poitou, la remplace parfois. Elle consiste essentiellement à faire des farces, plus ou moins stupides, pendant la nuit : on grimpe des charrues dans les arbres, on renvers des tombereaux, on dévisse des roues pour les transporter au diable. Rien de spirituel qui n'empêche de regretter amèrement les 1er mai d'antan.

On s'adresse cependant encore aux bouquets pour témoigner la joie et le sentiment que l'on éprouve à l'occasion des fêtes corporatives.

A la Saint-Eloi, par exemple, vous vourrez toujours les façades des boutiques de forgeron se parer d'une imposante gerbe de fleurs par les soins diligents des compagnons. Quelquefois, le rigoureux automne finissant ne permet qu'une liasse plus ou moins raide de fleurs artificielles. L'intention n'en reste pas moins : on offre des fleurs... que le patron ne manquera pas "d'arroser.

Lorsque les moissonneurs terminent le gerbier, lorsque les "batteurs" arrondissent le faîte du pailler ou lorsque les maçons, les charpentiers, les couvreurs achèvent une batisse, ils ne manquent jamais de hisser un bouquet tout là-haut. Joie de la tâche accomplie, couronnement de l'ouvrage, hommage au propriétaire, c'est tout cela que le bouquet chante à vos yeux. Et cela coule de sources (soit dit sans jeu de mots) , sous les auspices de ces fleurs, il sied de trinquer largement avec du meilleur vin.

Dans le Baugeois, aux environs de Jumelles, on continue à offrir un bouquet à toute personne amie qui, pour la première fois, vient au "logis". C'est un expressif remerciement, car toujours "on fait bein d'honneur" aux personnes qui reoivent la visite. Mieux qu'un lon discours, ces fleurs vous disent : nous sommes vos amis, cette maison est la vôtre, cette première visite est pour nous une fête.

Quoi ? qui ? mieux que les fleurs pourrait chanter l'amour, louer l'amitié, crier la satisfaction du devoir accompli... Nos paysans, confusément, sentent encore leur force d'expression. Ils en font leurs confidents et leurs interprètes.

Fin

Première partie




Extrait de "COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU
 de Félix Landreau