L'enfant et les étrennes

Poésie : Les étrennes


 

Mère, que de joujoux !... Vois : deux polichinelles,

Des soldats, un cheval, un  fusil, un tambour ;

Non, je n'ai jamais eu tant de choses si belles ;

Pour les voir, il faut tout un jour !

Quel bonheur d'être enfant et d'avoir des étrennes !


- Oui, pour toi, mon chéri ; mais au petit voisin

Personne n'a donné les siennes ;

Le pauvre enfant est orphelin,

A ses plaisirs nul ici-bas ne pense ;

On croit faire beaucoup pour cette faible enfance

En lui donnant et le lit et le pain.


- Quoi ! mère, jamais rien de ces choses charmantes

Qui dans ces jours me rendent si joyeux !

Il n'a donc pas de bonnes tantes,

Une mère, un parrain ?  -Non  ; sa mère est aux cieux

Et son père est parti pour un très-long voyage,

Ah ! c'est triste cela, mon Paul, car à votre âge

On a besoin d'amour et de soins délicats.


-  Oh ! oui, ma mère !  et toi toujours si bonne,

Auprès de moi, tu ne te lasses pas.

Permets donc aussi que je donne,

Puisqu'on m'a fait si riche ... Il doit bien s'affliger

De n'avoir rien reçu, rien reçu de personne ...

Mère, avec lui laissez-moi partager ?


-  Puis-je te refuser ? tu me combles de joie ; ...

Pense toujours ainsi, tu feras mon bonheur !

Mais près d'un malheureux quand le Bon Dieu t'envoie

Il faut aussi mon Paul, porter ton coeur.

C'est peu de partager ; une douce parole

Fait souvent plus de bien que l'or ;

D'un froid bienfait le souvenir s'envole,

Un mot du coeur reste comme un trésor.


- Mère, je te comprends : tu sais si bien les dire

Ces mots qui font du bien ! je les répéterai ;

Et puis, pour le faire sourire,

Mère, aussi, je l'embrasserai !




Mme Louise Priou



Ce joli poème est extrait du livre LA POUPEE MODELE de l'année 1873,  janvier 1873


Bonne année à tous !


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