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Les relevailles

Marie Piveteau a été maman voici plusieurs jours. Pour la première fois depuis la naissance de la petite Marie, elle vient au bourg.

Tout endimanchée, elle marche d'un pas rapide et semble vouloir éviter la rencontre des indiscrets. Derrière son passage, deux ou trois commères sortent "sur le pas de leur porte" : "Ce doit être pour ses rel'vailles !"...Tout juste : elle entre chez la Brangeon, la sage-femme. Celle-ci devait certainement en être prévenue puisque déjà, toutes les deux se dirigent vers l'église... C'est bien ça : elles entrent chez Pâquereau, le boulanger...La Marie porte sous son bras un pain à demi-enveloppé d'une serviette...Elles entrent à l'église...
Marie Piveteau est agenouillée dans le dernier banc. Devant elle, sur le prie-Dieu, elle a posé son pain selon le rite voulu : la serviette blanche soigneusement enroulée n'en laisse entrevoir qu'une extrémité.

Marie Piveteau s'abîme dans ses prières. La sage-femme pose devant la jeune maman un cierge allumé. C'est ce même cierge qui brillait quelques jours auparavant au-dessus des fonds baptismaux...

Le prêtre arrive dans son surplis blanc sur lequel s'allonge l'étole aux franges d'or. Face aux deux femmes recueillies, il se signe et marmonne une longue prière...Le cierge sue à grosses gouttes blanches. Sa flamme vacille sous le geste onctueux de la bénédiction : la mère, puis le pain.

La cérémonie est terminée. Le prêtre reconduit les deux femmes vers la sortie, leur offre de l'eau bénite et, à voix basse, prend  congé d'elles. Respectueuses, elles saluent.

La matinée n'est pas encore "bien avancée", les ménagères sont à l'ouvrage. Tant mieux, car on ne doit pas s'amuser à bavarder en ce jour des "rel'vailles".

Marie Piveteau, toujours accompagnée de la "marchande de poupons", est de retour à la Marotterie. Toutes deux "mangent un bout", car le chemin "a creusé l'appétit". C'est également l'occasion d'une consultation gratuite au sujet du poupon qui vagit dans son berceau.

La mère Brangeon parle de repartir car le soleil approche de midi. Elle trotte maintenant sur la route, en emportant sous son bras la moitié du pain béni.

Extrait de "COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU
 de Félix Landreau