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Piquer la cheveille

Fiançailles d'autrefois dans les Mauges

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Maît' Jean de Beaumont, la mère et les enfants, tous endimanchés, traversent le bourg aux premières heures de la matinée. Grand-Louis, réputé pour être le meilleur ami de Pierre, l'aîné des "gârs", fait partie du cortège. Il porte sur l'épaule une cheville énorme (un pieu pourrait-on dire), longue d'au moins trois pieds. Les bonnes femmes sur le seuil pour les voir passer : curieuses, les lunettes remontées sur le front, la "brocherie" en action, elles interrogent, répondent, commentent à qui mieux mieux.

Maît'Jean et sa suite vont à la Doucinière pour "emmancher les noces" du gârs Pierre avec Marie Derouet.

La petite troupe arrive dans la ferme de la promise. Une ferme comme toutes les fermes, écrasée sous ses toits aplatis sous les lourdes tuiles creuses, empuantie d'un énorme tas de fumier où convergent tout un réseau de rigoles de purin. Le chien, blotti sous le pailler, bondit autour de tous ces étrangers et aboie et grogne après eux.

Il en fallait bien moins pour alerter la Marie et tous les siens qui, tout en mettant la dernière main aux préparatifs de la réception, guettaient, impatients, l'arrivée du gârs Pierre !

Chacun prend "l'portement" bien entendu, et, autour d'une première bouteille, on se repose des fatigues du chemin. On parle des choux "qui n'viennent point", des veaux qui se vendent mieux depuis huit jours, du beau temps qu'on voudrait avoir...tandis que le gârs Pierre et la Marie, assis côte à côte les petits doigts "crochetés" au bout de leurs bras ballants entre les deux chaises, se glissent des coups d'oeil amoureux. Au fait ! semblent-ils désirer. Mais c'est ainsi toujours, aussi bien que dans la conclusion d'un marché : soit par timidité, soit par convenance, soit pour ne pas montrer trop d'empressement, on parle de tout, sauf du sujet intéressant !

Extrait de COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU

A suivre

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