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Piquer la cheveille

Fiançailles d'autrefois dans les Mauges

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Enfin, ç y est ! Maît' Jean a profité d'un temps d'arrêt dans la conversation ; après avoir tiré sur sa pipe une puissant bouffée, il a demandé la main de Marie pour son "fi". Tout le monde se sent comme soulagé. Chacun voulait en venir là, seulement, il fallait se décider à en parler ! Les deux amoureux ont droit à s'embrasser, sous les exclamations approbatives des deux cénacles réunis.

Sans plus tarder, avant le repas, on va "emmancher les noces". Pendant que Grand-Louis sort chercher ""la cheveille" qu'il avait appuyée à l'entrée du logis, le métayer des Doucinières enlève quelques carreaux devant le foyer, la mère y verse un seau d'eau qui s'infiltre lentement dans la terre... L'assemblée arrondit le cercle, toute joyeuse et caquetante. Grand-Louis présente "la cheveille" et le gârs Pierre, armé du "mail", frappe les premiers coups, fier de sa force.. Chacun, tour à tour, participe à ce geste symbolique. Mais pour les hommes la tâche est rude. Les vestes tombent et l'on frappe toujours..et le vin coule dans les verres comme vous pouvez penser !

"La cheveille" ne montre plus que sa tête émoussée tout au ras du sol. Les noces sont "emmanchées", le mariage "va tenir"... Et maintenant les carreaux se replacent comme le couvercle d'un écrin sur un bijou précieux.

Mais les femmes ne sont pas restées inactives pendant ce temps. Le couvert est dressé et déjà la soupe y fume, embaume et invite.

A la soirée, les gens du Beaumont rentreront, à la fois heureux et moroses : gârs Pierre fait un beau mariage...les Doucinières "sont bien de chez eux"... mais il faudra prendre un "valet" pour remplacer le gârs Pierre !... "I' va bein nous faire manque ! "

Il fallait ben s'y attendre, songe maît Jean, c'est la vie après tout !... "Vaut mieux marier ses enfants que d'les enterrer ! "



Extrait de COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU

FIN

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