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La soupe à l'oignon

Au retour de la promenade, la noce s'est remis à table avec un appétit tout neuf, comme si, depuis huit jours, personne n'avait mangé.

Volontiers, les vieux s'attarderaient dans l'euphorie du dessert. Les jeunes, au contraire, sont impatients à la pensée du bal qui les attend. Le cycle des chansons est abrégé et vite, chacunprête son concours pour débarrasser la grange.

Plus impatients encore sont les jeunes mariés de pouvoir s'éclipser pour s'isoler dans la chambre nuptiale. Mais il leur faut ouvrir le bal et partir sans être remarqués.

Enfin, Grimault accorde son violon et entame une gigouillette. Les gârs "en bras de chemise" enlacent la taille de leurs cavalières qui, soigneusement, ont pris la précaution de se ceinturer sur leur robe d'un mouchoir protecteur. Les couples s'agitent, tournent, sautent." Les "Guimbardes", les "Pas d'été", les "Quadrilles", les "Avant-Deux", les "Polkas" se succèdent à un rythme fou.

Au plus fort de la danse, Pierre et sa Marie se sont faufilés dehors...Et maintenant seulement, on s'aperçoit de leur fugue ! Il faut leur porter la soupe à l'oignon !...

Une dizaine de couples, entraînés par Grand Louis, se lancent dans cette expédition. Dans un pot de chambre - tout neuf, rassurez-vous - la soupe à l'oignon fume. Il s'agit de trouver la cachette des mariés pour leur imposer la dégustation.

La ferme est explorée dans tous les coins. Personne ! Personne non plus chez les voisins du village !... Ils ne peuvent être que "chez" les Sicard !

Trois kilomètres n'effraient pas la jeune bande ! Effectivement ils sont là ! A force de coups de pied dans la porte, de poignées de sable dans les les vitres, on les laisse entrer ! La bande chantante pénètre dans le logis comme en pays conquis jusqu'à la chambre nuptiale. De bon gré ou de force, les jeunes mariés doivent se prêter à la coutume, ils dégustent la soupe - maintenant toute froide - dans le prosaïque récipient...

pot de chambre 

Heureux encore que ce ne soit pas un pot percé qui inonde le lit ! Heureux aussi que la bande déchaînée ne les oblige pas à participer à une ronde dans le simple appareil où ils se trouvent !...

Ainsi se termine la noce, dans la teinte livide de l'aube qui monte. Alanguies de fatigue et de désir, les filles s'appuient au bras de leurs cavaliers, fourbus eux aussi, pour rejoindre la Doucinière.

On s'embrasse une dernière fois dans les coins...on boit "le coup du départ"... et les nociers rejoignent leur gîte.

La tristesse qui toujours guette la fin des fêtes s'est abattue sur la Doucinière... Mais tout à l'heure, le travail l'en chassera.

Extrait de "COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU" 

de Félix Landreau

Faire la soupe à l'oignon

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