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Veille de mariage

Les préparatifs - Le mai

Toute la ferme fait "peau neuve" pour le grand jour.

Les femmes depuis ce matin lavent et astiquent, repassent et rangent. Maintenant, les hommes leur laissent la grange qu'ils viennnent de nettoyer de fond en comble, si bien qu'on la reconnaît à peine, vide de tous ses instruments enchevêtrés, débarrassée de ses immenses toiles d'araignées qui pendaient comme des filets au séchage.

La grange abritera les repas de la noce. Il faut la rendre aussi belle que possible. Elles s'appliquent donc avec la même ardeur qui les animait dans la maison. A mi-hauteur, elles tendent une ceinture de draps d'une blancheur éblouissante; Elles y épinglent, minutieusement, en haut et en bas, une guirlande de feuilles de laurier. De légers bouquets maintenant s'alignent en parfaite symétrie et hurlent de toutes leurs teintes vives et souvent discordantes sur le blanc de neige. Fières de leur oeuvre et soucieuses de perfection, les femmes prennent du recul et observent et retournent et reviennent tandis qu'au fond de la grange, à hauteur des places d'honneur, la plus adroite inscrit lentement les deux initiales des mariés avec des feuilles de laurier.

Le chef-d'oeuvre est juste terminé lorsqu'une charrette aux moyeux craquants amène le chargement branlant des tables et des bancs. Aussitôt, on installe sur des tréteaux un grand fer à cheval de panneaux autour duquel court de part et d'autre une file de bancs impeccablement alignés. Le boucher, traiteur à ses heures, n'aura plus qu'à poser ses nappes et son couvert. La salle est prête.

Les hommes cependant continuent à s'affairer dans la cour. Avec leurs grands balais de genêt, ils ont nettoyé l'aire aussi minutieusement qu'à la veille du battage au rouleau. Ils ont roulé les charrettes et autres instruments chez les voisins, peigné le fumier, comblé les rigoles puantes, râclé les herbes folles. Tout est propre "comme un  sou" ! Maintenant ils plantent "le mai" au beau milieu de la cour.

C'est un jeune arbre haut et droit comme une flèche pointée vers le ciel. On ne lui a laissé que son bouquet terminal de jeunes branches aux feuilles tremblantes, juste au-dessous duquel, accrochés autour d'un cercle fleuri, se balancent toute une variété d'objets divers : des bouteilles vides ou pleines d'eau, des boules de verre multicolores, des vessies de porc gonflées à éclater. Autour de son pied, par-dessus les grosses pierres qui le calent, les hommes ajustent, du bout de leur fourche, des fagots de "fourneille". Encore quelques coups de balai et c'est fini !

Comme un point d'exclamation final, suffisant et satisfait, le mai se dresse au-dessus de la ferme en grande tenue !



Extrait de "COUTUMES, LEGENDES et RIMIAUX DES PAYS D'ANJOU"

de Félix Landreau

D'autres coutumes suivront...

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